Rampes d’escalier en bois

La rampe: bien plus qu’une barrière

Au fil des ans, on m’a souvent demandé la différence entre une rampe et une main courante. Beaucoup — y compris dans le métier — emploient l’un pour l’autre. Pourtant, ce sont deux ouvrages distincts, et c’est en les distinguant qu’on commence à comprendre vraiment un escalier.

La rampe, c’est l’ouvrage complet. L’ensemble qui borde la volée et qui vous empêche de tomber dans le vide : les poteaux, les balustres ou les barreaux, le remplissage — et, couronnant le tout, la main courante. La main courante n’est donc qu’une pièce de la rampe — mais quelle pièce ! C’est elle que votre main suit, elle qui donne à la rampe sa ligne, sa continuité, son caractère. Une rampe sans main courante continue est un garde-corps ; une main courante sans rampe, c’est un simple appui mural — deux ouvrages utiles, mais ce ne sont plus des rampes d’escalier au sens où je l’entends.

Dans les escaliers anciens, la rampe réunit souvent plusieurs métiers : le ferronnier qui forge les barreaux et le fer plat, le menuisier-rampiste qui façonne la main courante en bois et habille l’ensemble. C’est un ouvrage collectif, et les plus belles rampes de Paris naissent de cette collaboration.

Une histoire qui suit celle de l’escalier

Palais épiscopal, Meaux
Boutique Érès, Paris

L’escalier n’a pas toujours été ce joyau de représentation qu’on admire dans les hôtels particuliers. Au Moyen Âge et à la Renaissance, il est d’abord un organe fonctionnel, souvent relégué dans les zones secondaires de la maison : tourelles, arrière-maison. Le bois y règne, et la rampe suit la technique du temps — des balustrades de bois massif qui suivent le limon. Les premières mains courantes dites « débillardées » — travaillées en trois dimensions pour épouser les volées courbes — apparaissent dès le XVIᵉ siècle, mais les tracés restent approximatifs : les theoreticiens du trait comme Mathurin Jousse, dont les planches datent du début du XVIIIᵉ siècle, témoignent de ces premiers pas (L’Air du Bois — le livre d’Étienne Desthuilliers, qui reprend notamment les planches 38 et 41 de Jean Martin).

Le XVIIᵉ siècle change tout. L’escalier quitte l’arrière-cour pour devenir l’élément central de la décoration et de la représentation sociale. Les formes lourdes de l’époque Louis XIII cèdent la place à des escaliers plus ouverts, plus lumineux. Et pour laisser passer la lumière, on remplace les balustres massifs de bois par de la ferronnerie, plus légère à l’œil. Les balustrades de serrurerie se diffusent — le fer restant coûteux et supposant l’intervention d’un serrurier, il met du temps à s’imposer, mais Paris conserve de ce basculement des témoins magnifiques : l’hôtel d’Assy (1642), la rue des Célestins (1645), le Val-de-Grâce (Desthuilliers, Mains courantes bois — Rampes débillardées).

Le XVIIIᵉ siècle apporte la synthèse que nous connaissons encore : la main courante en bois posée sur le garde-corps métallique. Le mariage du bois chaud et du fer dessiné. L’escalier « à l’anglaise », qui se généralise à la fin du XVIIIᵉ et au XIXᵉ siècle, en devient l’expression aboutie. Puis l’industrialisation et le fer moins cher démocratisent l’escalier mixte — jusqu’aux années 1930-1940, quand le béton prend le dessus dans la construction (Desthuilliers, Mains courantes bois — Rampes débillardées).

Nos voisins anglais et américains vivent la même aventure avec leur vocabulaire : ils développent dès la fin du XVIIIᵉ siècle, avec l’architecte Peter Nicholson, la méthode dite du tangent handrailing — la géométrie des tangentes qui permet de tailler dans un bloc de bois massif les pièces courbes et gauches, sans jamais plier le bois (WoodDesigner — Tangent Handrailing). Les frères William et Alexander Mowat en font la bible des menuisiers de l’Empire britannique dans leur Treatise on Stairbuilding and Handrailing, qui formait jusqu’aux candidats des guildes de Londres — et couvrait même les escaliers de navires (Mowat, 1900 — Google Books). En 1891 déjà, la revue britannique WORK s’émerveillait d’une machine à scie à table pivotante capable de débiter les pièces gauches — les artisans cherchaient alors à mécaniser un travail resté jusqu’alors entièrement manuel (WORK, 3 janvier 1891 — scan Tools for Working Wood).

La rampe aujourd’hui : sécurité, patrimoine, plaisir

Une rampe d’escalier remplit trois missions, et aucune n’est optionnelle :

  1. La sécurité — retenir une chute, guider la montée et la descente. C’est la fonction première, codifiée aujourd’hui par les normes : hauteur de garde-corps, main courante présente des deux côtés quand la largeur l’exige, avec un dégagement suffisant entre le mur et le profil pour une bonne prise en main (Culaud — Comment bien choisir une main courante en bois).
  2. La continuité du geste — la main ne doit jamais quitter l’appui de la première à la dernière marche. C’est toute la difficulté des rampes courbes : droites, elles se suivent ; courbes, elles se tordent ; et seule une main courante débillardée continue y parvient.
  3. Le caractère — une rampe donne le ton d’un escalier, et l’escalier donne le ton d’un intérieur. Dans les immeubles anciens, elle participe de la valeur du patrimoine : remplacer une rampe banalisée par des années d’instabilité par une rampe fidèle à l’origine, c’est rendre à la copropriété une partie de son âme.

Si vous avez un projet de rampe — création, habillage d’un garde-corps métallique existant, restitution après dépose d’ascenseur —, contactez-moi : chaque projet commence par un escalier, une géométrie et une intention.